LE GROUPE EL DEY

Ils ont incontestablement apporté une vague de fraîcheur à la musique algérienne. Leur jeunesse, leur complicité et leur cool attitude lorsqu’ils jouent sur scène, les ont immédiatement plébiscitées dans le cœur du public. Copains d’enfance du quartier Hussein Dey, Samir Merabat, Mounir Bouafia, Sami Boukhachba et Abraz Ahmed Dalel ont commencé à répéter leur musique dans une vielle guimbarde garée dans le quartier. En 2011, El Dey enregistre ‘Ana Djazaïri’ qu’ils balancent sur le web. La chanson aux sonorités latino et chaâbi provoque le buzz. Deux ans plus tard, ‘Maria’ casse la baraque. Leur premier album éponyme sorti en 2014 fait mouche. Le succès et au rendez-vous. Le groupe El Dey, véritable phénomène musical se produit en concert en France, Espagne, Brésil, Tunisie… Bonne nouvelle pour les fans d’El Dey. Leur second album est finalisé. Sortie prévue pour bientôt. Rencontre avec Samir Merabet, chanteur, guitariste et manager du groupe.

ARTISSIMO : Comment El Dey est- il né ?

SAMIR MERABET: Nous sommes tous des amis d’enfances, ‘ouled’ Hussein Dey. A l’époque du lycée, nous avions pris l’habitude de nous entasser dans un vieux tacot garé dans notre quartier pour chanter et jouer de la musique. L’idée de former notre propre groupe est née en 2009. Nous avions alors participé à un concert en hommage à Maalem Benaïssa, maître du gumbri, disparu un an plus tôt. Un de nos amis musicien résidant au Canada, nous a encouragés à nous jeter à l’eau. C’est ainsi qu’on a franchi le cap. Le nom fut rapidement trouvé. El Dey, en référence à notre quartier. C’était fin 2009.

A : Votre premier single ‘Ana Djazaïri’ a provoqué le buzz sur internet.

S M: Nous l’avions enregistré avec des moyens dérisoires. Un single dans les deux langues : arabe et espagnol. Une fusion de gnaoui, chaâbi, latino et sonorités africaines s’inscrivant dans la veine de la world music. Le clip, balancé sur la toile, a totalisé plus d’un million de vues en à peine quelques jours. Mes copains et moi ne nous attendions vraiment pas a cette déferlante. Nous avons reçu des messages de partout même de Bolivie, Cuba… Un petit souci a failli annihiler notre travail. Pour des droits d’auteurs, le réalisateur du clip a fait supprimer le clip sur internet. Mais grâce à nos fans qui avaient enregistré le clip, on a pu le récupérer. Aujourd’hui avec le boom des réseaux sociaux et le développement d’internet, les artistes peuvent gagner en visibilité sans passer obligatoirement par un studio d’enregistrement. Internet a participé à révéler des talents qui auraient pu mourir dans l’œuf.

A : Le succès de ‘Maria’ a fini d’assoir votre notoriété. Comment avez-vous eu l’idée de cette chanson ?

S M: L’idée de cette histoire qui raconte le rêve d’un jeune qui veut s’exiler dans’ l’eldorado’ européen est née d’une longue réflexion entre les membres du groupe. Un morceau de musique par- là, un bout de texte par- ci et la maquette a pu voir le jour. Restait à imaginer un scénario pour le clip. Le rôle principal a été campé par Naji Yassine, un copain qui poursuit une carrière d’art dramatique en Espagne. Sa bouille sympathique a marqué les internautes. Le clip a été auto-produit avec de petits moyens et le résultat a dépassé nos espérances.

A : Dans la composition de vos chansons, vous aimez vous inspirer du patrimoine musical algérien.

S M: Oui, notre style musical s’inspire du patrimoine local. Notre musique est à la fois typique et moderne. Elle est nostalgique et futuriste. Nous aimons puiser dans des anciens textes de chez nous, en y ajoutant des touches actuelles. Faire revivre des textes tombés dans les oubliettes est notre crédo, à l’exemple de ‘Bnet El Bahdja’, chanson écrite en 1958 par Mohamed Bouafia, le père de notre percussionniste. D’autres morceaux tels Babor el louh, Noujoum Ellil ont été réinterprétés différemment en y incluant le gumbri.

A : Quels sont vos références musicales ?

S M: Le number one c’est Amar Ezzahi. C’est une légende indétrônable. Notre groupe s’inspire également de Gnawa Diffusion, Paco De Lucia, Compay Segundo, Buena Vista Social Club.

A : Comment avez-vous appris à jouer du gumbri et de la guitare ?

S M: En autodidacte. J’ai toujours été attiré par la musique. Petit je suivais Baba Salem à chacun de ses passage dans mon quartier. Le son du tbal m’envoutait. J’étais presque en transe.

A : Vous être interprète -traducteur de formation

S M: Oui. Mais à un moment donné, le choix de la musique s’est imposé à moi. Actuellement je dirige une boite d’événementielle. Je manage mon groupe et accompagne d’autres artistes sur le chemin de la création.

A : Que pensez-vous de l’établissement Artissimo

S M: Au regard de tout ce que cette école abrite comme expositions, tables rondes, et formations d’artistes, je ne peux qu’applaudir des deux mains (rires). Une citation de Victor Hugo me revient et je voudrai la partager avec vous «Celui qui ouvre une porte d’école, ferme une prison ».